La vie d'une gouvernante ou de quelconque domestiques est bien réglé. Chacun sa tâche, chacun son travaille répété avec méticulosité en parcourant les escaliers de service ou bien, dans une demeure telle que celle-ci, les couloirs feutrés, à pas de loup pour ne pas déranger le confort des maîtres des lieux. Aussi, si l'un des domestiques de la maison, était passé par le couloir menant à la chambre de la jeune nièce de lord Woodsberry, elle n'aurait entendue que silence. Quoi de plus normal ? Mais peut-être aurait-elle remarqué qu'il était lourd, pesant. A la place de la tiédeur qui filtrait par les grandes fenêtres, elle aurait ressenti un froid inhabituel. Mais personne ne passa par ce couloir et ... personne ne perçut au travers de la porte close, ce léger trouble dans la pièce, que seule Nigel tout à ses pensées venait de ressentir.
Fébrile, il se redressa, à l'écoute du Tout et du Rien. Après un interminable moment ses doutes se confirmèrent. Il venait d'entendre quelque chose ... comme un appel. Un soupir délétère qui n'était pas sorti de sa bouche mais qui enveloppait la chambre avec malice. Il écouta plus attentivement, se concentrant sur le moindre son et entendit un léger grincement de porte.
— Bien, mon coquin. Sort de ta cachette, mumura Nigel.
Mais dans le même instant il regretta de n'avoir prit aucune arme avec lui. A quoi bon aurait pu lui être utile un révolver chargé d'une balle d'argent, d'or ou de sel ? Les quelque filtre, et sac plein de divers poudre ne lui aurai certainement pas était d'une grande utilité, non plus. L'Ombre était pleine de ressource et s'en défaire était souvent un casse tête que l'on ne comprenait que difficilement.
Dans la pénombre, Nigel se redressa et observa la zone d'où émanait ce chuchotement devenu persistant ; la porte du placard, encastré dans le mur, s'ouvrit doucement. Parcouru d'un frisson, il restait subjugué voyant le placard s'entrebâiller. A peine grande ouverte qu'une fraicheur déjà palpable depuis quelques instant, devint brusquement glacial et envahit la pièce. Et tout aussi subitement, une brume émergea et commença à s'épandre sur le plancher. Nigel se leva et recula de quelques pas conscient que le mal était en train de chercher sa jeune proie. Quand la brume eu recouvert toute la surface de la pièce, Nigel observa ; les yeux rétrécit par cette autre ½il que peux d'humain possédait. Celui du devin, chasseur de monstre. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre ce qui pouvait à se point effrayer sa petite Eleanor. Le plancher se mit à craquer pareillement que si une personne marchait dessus avec précaution et la brume s'élevait vaporeusement, révélant l'avancée de la créature.
Nigel inspira profondément mais ne cilla pas. Son esprit avait engloutit tant de livres et de rapports, qu'il savait ce à quoi il avait à faire et comprenait toute l'utilité de rester immobile. Eleanor était l'objet d'une vielle légende, un monstre séculaire dans l'imaginaire des petits. Quand cette créature s'attaquait à un enfant, elle l'effrayait encore et encore, perturbant ses nuits et ses songes un peu plus à chaque fois. Et un beau matin, les parents ne trouvaient plus qu'un lit vide et leur chérubin, perdu à jamais. Nigel, les poings serrés, observa la progression. Le craquement s'arrêta et plus rien ne paraissait menacer ce lieu. Soudain, il s'écarta du lit, prit d'une irrépressible frayeur. Une bosse venait de naître sous l'édredon du lit et remontait vers les oreillers. Le c½ur de Nigel tenta de se rasséréner à l'idée que cette bête du peuple de la peur est put ainsi se jouer de l'innocence de sa nièce. Confus, il cherchait dans les moindres recoins de son esprit comment se débarrasser d'un "Monstre du placard". En un éclair, il se souvint, la créature était facile à annihiler si l'on était assez rapide pour cela. Ce qu'il ne fut pas. Se précipitant à la fenêtre, Nigel se sentit brutalement attrapé par les chevilles et tomba à terre. Sa cicatrice se réveilla douloureusement et lui fit pousser un râle, mais la force brute de l'homme prit le pas sur la souffrance et Nigel sonda la brume pour n'y trouver que le néant. Personne ne le maintenait par les pieds pourtant emprisonné d'une poigne ferme. Dans des gestes saccadés qui auraient put paraitre affolé, il tenta de se défaire de l'emprise invisible. Rien n'y fit. Inexorablement, la créature le tirait à elle. Dans l'espoir de freiner sa progression, Nigel attrapa les pieds d'une commode qui glissa sur le sol emporté elle aussi vers le placard. Telle une bouche béante elle semblait l'attendre, affamé comme jamais. Nigel lâcha la commode et d'un coup de rein, parvint à se redresser et agrippa ce qui le retenait par les chevilles. Comme brûlé par se contact, la créature le lâcha en poussant un glapissement sifflant et bourdonnant. Libéré, Nigel se leva et courut de nouveau en direction de la fenêtre. Le jour ! Le jour était l'ennemi du Croquemitaine !
La bête, sentant la menace propulsa Nigel avec une force venus des enfers et le pauvre homme rencontra le mur solide qui dominait le lit de la petite Eleanor. Assommé par le coup, Nigel rebondit sur le matelas et se retrouva sur le plancher. Étourdît, abrutis par le choc et la douleur diffusait dans tout son être, Nigel se savait dans une mauvaise posture si il ne parvenait pas à ouvrir les rideaux. Soudain, le Croquemitaine enserra de nouveau ses chevilles et l'emmena inexorablement dans son repaire. Essoufflé ; terrorisé malgré lui, Nigel, dans sa quête effréné pour trouver une prise attrapa un des ours d'Eleanor. Comme précédemment la Bête le libéra mais cette fois, il perçût avec vivacité ses craintes ; sa peur d'un objet anodin pour les hommes et mortel pour lui. Nigel se redressa prestement. Ses mouvements, accompagnés par le souffle bestial de la créature qui, dans son invisibilité, devait l'étudier. Comme dernière arme Nigel balança l'ours contre la porte du placard qui se ferma dans un claquement assourdissant. La bête hurla et la brume forma une montagne contre la porte cherchant a y pénétrer par le moindre interstice. Nigel profita de la confusion et se précipita à la fenêtre ; ouvrit les rideaux et souleva le panneau de verre. Prit dans un appel d'air surnaturelle, la brume fut happé vers l'extérieur et disparu.
Nigel inspira profondément en desserrant le n½ud de sa lavallière. Ce n'était pas la plus terrible des créatures de l'Ombre qu'il est eut à affronter, mais sa proximité avec sa famille l'horrifiait. Voulant reprendre contact avec la réalité, il observa la terrasse en contre-bas. Grace s'amusait de voir sa s½ur tripoter la boîte qu'il venait de lui offrir et qu'elle ne parvenait pas à ouvrir, s'exaspérant de l'intérêt réelle d'un telle présent. Le regard de Grace croisa celui de Nigel et son visage souriant se transforma en une vallée d'interrogation. Nigel s'écarta de la fenêtre et se regarda dans le miroir logé sur un pilier. Son visage transpiré une tension bien étrange qui accentuait les quelques ridules naissante dans le coin de ses yeux.
Nigel soupira, reprenant son souffle et considéra la pièce. Un peu de désordre, mais nulle trace de brume. La porte du placard quant à elle restait fermée. Doucement, il s'en approcha. Le hurlement, que seul lui avait dut entendre, ne laissait aucun doute sur la réussite de son combat. Ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi l'Ombre l'avait lâché si soudainement ? Elle l'avait entre ses griffes. Elle pouvait l'emmener dans son antre et faire de lui sa nourriture. Nigel sentit à ses pieds l'ours d'Eleanor. Il contempla le jouet pris dans la bataille avant de se baisser et de le reconnaître. Cet ourson n'était pas celui de sa petite nièce, mais le sien. Le seul qu'il est gardé de sa petite enfance.
Nigel sortit de la chambre et tomba nez à nez avec Dorothy. Une petite bonne, bien en chair et fort agréable. La pauvre enfant poussa un petit cri de frayeur avant de rougir d'être ainsi presque tombé dans les bras du maître de maison dont elle avait entendu parler des frasques amoureuse avec certaines domestiques.
— Pardon, monsieur.
— Ce n'est rien ma petite. Nigel s'épousseta en réarrangeant son apparence et prit un air très décontracté. Oh ! Le chat a mit une pagaille impossible dans la chambre de mademoiselle. Veuillez y remédier et demandez a Trevor de vous aider.
— Oui, monsieur, s'inclina, la jeune fille en s'approchant de la porte. Mais un doute l'étreignit. Mais nous n'avons pas de chat, murmura t-elle pour elle même, tandis qu'elle entrouvrit la porte et constata les dégâts.
Nigel apprécia la chaleur du soleil en revenant sur la terrasse, son double scotch, préparé avec soin tonifia ses muscles sensiblement tendus depuis quelques minutes. La pression retombait et avec elle l'adrénaline qui lui avait permis de ne pas paniquer. Du moins pas complètement.
— Nigel ! A quoi rime ce cadeau ? Cette boîte ne s'ouvre pas ! l'interpela Margaret en s'approchant de lui aec menace, faisant virevoltait sa robe encombrait de ruche et autres rubans.
— C'est un supplice chinois ma chère, sourit-il. Il y a une seule façon de procéder pour l'ouvrir. Je vous laisse découvrir laquelle. Je sens que ça va être long !
Devant son ton narquois et cette attitude impérial, Margaret se rembrunit.
— Doux Jésus Nigel ! Vous êtes un insupportable capotin ! S'emporta-elle froidement, tant coutumière des plaisanteries douteuses de son beau-frère.
— Et vous une indéfectible mégère.
— Arrogant vieillissant !
Nigel sourit. Margaret avait de la répartit.
-— Venez Nigel ! coupa court Grace en se précipitant à leur côtés. Allons nous promener. Il fait un temps radieux. Pour mieux l'enjoindre à le suivre, la jeune fille glissa son bras sous le sien tenant de l'autre une ombrelle blanche, enrubannée de rouge qu'elle fit tournoyer sur son épaule avec coquetterie.
Nigel et Grace marchèrent un moment sur un petit chemin de terre, à l'ombre d'un rangé de Cyprès. Nigel ruminait intérieurement de sombres pensées. Il croyait sa famille à l'abri de ça ; du malin. Et voilà que L'Ombre s'était attaquée à sa toute petite enfant chérie. Était-ce une menace ? Une vengeance ? Ou une rencontre fortuite ?
— Que me cachez-vous Nigel ? Le lord anglais contempla sa compagne dont le ton strict le surpris. Celle-ci passa alors un doigt fin sur son front, soulignant une légère égratignure causé par l'affrontement. Nigel passa instinctivement sa main sur sa plaie.
— Il y a des choses que vous nous cachez mon ami ?, insistât-elle.
Nigel sourit. On ne pouvait décidément rien dissimulé à cette jeune fille aussi intelligent que frivole.
— Je me suis cogné en sortant de mon bureau, tenta t-il maladroitement.
Grace, sonda son regard et un sourire charmant naquit sur des lèvres que Nigel était bien tenté de prendre.
— Vous mentez. Et vous mentez mal.
— Douce Grace. Un jour, peut être ... je vous parlerai de certaines choses.
D'abords surprise, puis curieuse, la jeune fille se satisfaisait, finalement de cette réponse et tous deux contemplèrent la petite Eleanor qui, riante, inconsciente du danger auquel elle venait d'échapper, lançait dans les airs des pétales rose, tombées des arbres fruitiers.
[...] Voilà un élément que cette aventure m'aura permis d'apprendre sur mon monstre de placard. Posséder sur soit un objet lié à sa propre enfance, engendre une sorte de barrière protectrice. C'est la raison, sans nulle doute qui justifie qu'un Croquemitaine ne s'attaque la plus part du temps, qu'aux enfants. Les pauvres petits n'ont pas encore su se détacher, suffisamment, des jouets qui les entourent pour s'en être appropriés un plus particulièrement. J'emmétrai un rapport à ce sujet à Rose, ma si délicate bonne et secrétaire, afin que l'information soit transmise aux agents des autres pays.
Mais pour l'heure j'ai peur pour ma petite Eleanor qui dort dans sa chambre bien tranquillement depuis deux nuits maintenant. Si insouciante du terrible destin auquel elle vient d'échapper et de ce qui l'attend désormais. Car bien que la créature ne l'ait pas emmenée, elle a rendu visite à ma petite nièce bien trop de fois pour ne pas avoir laissé en elle une trace. La "Souillure" terme par lequel je définit ceux de quoi les créatures de l'Ombre s'allie pour causer le tourment, peut laisser en nous, humains, quelque chose ; un don ou une malédiction. Je me demande de quoi Eleanor héritera dans l'avenir. Je sais qu'elle a était touché et ne peut que développer une faculté, bonne ou mauvaise. Et un jour, je le sais, je me devrai de tout lui raconter, de la confronter à la réalité de ma vie et de celle de la société dont je suis l'un des piliers. Oui, de quoi va t-elle disposer ? Moi, la Souillure m'a donné deux dons : une prescience quelque peu timide et une force herculéenne que les titans eux même m'envieraient. Ma malédiction : les horreurs dont je suis le témoin.
Merci a
Naelyn pour ses corrections